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Lexus LF-A, le spectaculaire

Lors de son apparition au Salon de Tokyo en 2009, la LF-A avait créé la sensation par son design, ses performances annoncées, mais surtout par son côté décalé par rapport aux autres véhicules de Lexus. Seule une poignée de journalistes-essayeurs avaient alors pu la tester, à la fois sur route ouverte et sur piste fermée, afin d’en exploiter le plein potentiel. Après une longue attente, nous avons pu rejoindre ce club fermé pour une expérience que nous ne sommes pas prêts d’oublier, dont voici le compte rendu. 

Un véritable privilège

 

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Lexus, marque de prestige du groupe Toyota, nous a plutôt habitués à des écrins ouatés de silence, de confort et de quête d’éco-responsabilité par le biais de motorisations hybrides toujours plus efficientes. Toutefois, les principaux ingénieurs de la marque rêvaient depuis longtemps déjà d’une supercar, pour l’image de leur marque et afin de démontrer l’étendue de leur savoir-faire en matière de sportivité. En 2010 enfin, leur vœu a été exaucé, et sous la férule de l’excellent Tanahashi Haruhiko, après plus de six ans de développement, la Lexus LF-A a été dévoilée au public en version définitive. Toutefois, seuls 550 exemplaires ont été commercialisés et mettre la main dessus pour un essai relevait d’une quasi-mission impossible. Nous avons néanmoins réussi à en prendre le volant, pour un pur moment de bonheur, sur route puis sur circuit.

Un moteur qui peut se décrire en un mot : extraordinaire

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Au-delà de son design spectaculaire, typiquement nippon et pourtant beaucoup plus fin que celui d’une GT-R, la LF-A envoûte principalement pour la pièce d’orfèvrerie qui se trouve sous son long capot. Il s’agit d’un V10 4,8 litres, dont les deux rangées de cylindres sont positionnées à 72° l’une de l’autre, qui a été développé conjointement avec Yamaha. Doté des derniers raffinements technologiques en matière de conception de moteur, ce dix cylindres a notamment reçu des bielles et soupapes en titane, ainsi qu’un carter sec pour faire face aux accélérations latérales supérieures à 1 g dont est capable la voiture. De surcroît, l’aluminium et le magnésium ont été employés sans retenue, afin de proposer un moteur d’un poids équivalent à un V6, mais affichant une puissance de 560 ch. De bonnes fées se sont décidément penchées sur le berceau du V10 atmosphérique lorsque l’on considère son appétence pour grimper dans les tours à une vitesse folle, avec une zone rouge située à 9 000 tr/min. À vrai dire, toute l’instrumentation a été digitalisée, notamment parce qu’une aiguille de compte-tours classique n’aurait pas réussi à retranscrire toute la vélocité du moteur. Quant à la sonorité, elle est tout simplement envoûtante, digne d’une Formule 1 de la belle époque.

Un châssis développé par des maîtres en la matière

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Bien que léger, le V10 a été positionné aussi bas que possible et reculé de manière à offrir une répartition des masses que beaucoup considèrent comme parfaite : 48 % du poids sur le train avant et 52 % au niveau de l’essieu arrière. Dans le même but, la boîte de vitesses robotisée à six rapports a été installée au niveau du train arrière de cette propulsion aux réactions incroyablement saines et prévisibles. Sur certaines supercars, mieux vaut réviser plusieurs fois ses leçons de pilotage avant de déconnecter l’antidérapage, mais sur la LF-A, une fois le VSC en mode « OFF », la voiture informe tellement bien son conducteur sur ses réactions que l’on finit par drifter pour le plaisir, sans crainte. Soulignons que les choix techniques faits pour ce modèle dénotent d’une volonté de « dépenser sans compter ». En effet, la LF-A dispose d’une crash-box similaire à celle d’une voiture de course, faite d’un alliage de carbone et de plastique, sur laquelle sont attachées des poutres et des tubulures en aluminium. Les trains de roulement font appel à une double triangulation, utilisant un ensemble intégré ressort/amortisseur, tandis que les freins sont en carbone-céramique (de série). Au niveau de l’aérodynamique, le résultat final témoigne de longues heures passées en soufflerie, avec un extracteur d’air imposant, un fond plat, un aileron se soulevant au-dessus de 80 km/h, et même une fente sous le capot pour refroidir le moteur sans pénaliser le Cx qui avoisine celui d’une Prius.

Le seul point qui aurait mérité plus de développement : la boîte de vitesses

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La LF-A qui nous a été confiée a connu quelques problèmes de gestion électronique de la boîte de vitesses dans le passé, et ce n’est apparemment pas la seule. Toutefois, même en dehors de ces défauts de jeunesse, l’unité de transmission choisie par Lexus n’était pas à la hauteur de ses concurrentes en 2010, et elle apparaît complètement anachronique en 2015. De fait, si les changements de rapport sont plutôt rapides, ils n’équivalent pas à ceux d’une transmission à double embrayage. Cela ne serait pas aussi gênant si la boîte disposait d’un grand nombre de rapports bien étagés et procurait des changements doux et efficaces, mais tel n’est pas le cas. En effet, il n’y a que six rapports, avec un léger trou en quatrième, et les passages de vitesses sont systématiquement et inutilement brutaux. Lorsque l’on interroge les ingénieurs de la marque japonaise à ce sujet, ils répondent qu’ils ont voulu donner davantage de charisme à la voiture en la dotant d’une transmission virulente. Soit, mais le résultat leur donne tout simplement tort, car un moteur aussi merveilleux couplé à une boîte à double embrayage aurait donné un mariage proche du Nirvana automobile.

Des performances de très haut niveau, mais pour un tarif encore plus hallucinant

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Dans l’habitacle de la LF-A, outre un confort qui surprend pour une supercar, l’on trouve des commandes à la fois ergonomiques et originales – une spécialité de Lexus. La qualité de finition s’avère en tout cas excellente, de même que la sensation de sportivité et de classe qui émane de cet intérieur où le digital a pris une place prépondérante. Quoi qu’il en soit, après avoir fait quelques tours de piste à allure modérée, afin de bien mettre la voiture et les pneumatiques en température, nous avons chronométré la LF-A sur le 0 à 100 km/h en 3,8 s, et l’exercice du 1000 m D.A a nécessité moins de 22,4 s. Ce sont là des performances voisines de celles d’une Ferrari 458 ou d’une Gallardo LP560-4 de l’époque. En outre, la LF-A profite de son poids contenu à moins de 1 500 kg pour danser dans les courbes avec l’aisance d’une ballerine. Rien à redire donc, si ce n’est sur le prix demandé de 377 400 €, car il n’apparaît tout simplement pas cohérent par rapport au positionnement concurrentiel de la voiture. La LF-A joue dans la cour des supercars, mais affiche un tarif digne d’une hypercar (type Aventador ou F12, encore plus performantes et spectaculaires). Pour autant, tous les exemplaires ont été vendus et, qui sait, peut-être que la cote en occasion finira par donner raison au marketing de Lexus à ce niveau.

Le bilan

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La Lexus LF-A a prouvé toutes les capacités des ingénieurs (et stylistes) de la marque nippone en matière de voitures de sport, car même « Godzilla » a tremblé, un bref instant, devant cette nouvelle venue au V10 extraordinaire. Peu de voitures possèdent en effet un moteur aussi puissant et réactif, sans parler d’une véritable personnalité à part entière, mêlant la sauvagerie des 560 ch à la docilité de la prise en mains. Il est néanmoins regrettable que la boîte de vitesses robotisée n’ait pas été remplacée par une version à double embrayage, car elle s’avère brutale et peu agréable. Enfin, le prix stratosphérique a mis la LF-A très largement hors d’atteinte du commun des mortels, peut-être trop d’ailleurs, eu égard à la concurrence féroce que se livrent les constructeurs de supercars. Toutefois, ne boudons pas notre plaisir : cet essai de la LF-A a été un pur moment de bonheur et, en fermant les yeux, nous avons encore l’impression d’entendre les hurlements de F1 de son V10 Yamaha.

On aime :

  • Le moteur V10, une pure merveille !
  • La prise en main incroyablement facile pour une telle supercar
  • Le design, typiquement japonais et très réussi
  • Le châssis, à la fois précis et préservant un bon confort
  • La qualité de finition, digne de Lexus

On aime moins :

  • Le prix surréaliste, trop proche des hypercars
  • Une boîte robotisée pas aussi évoluée que les transmissions à double embrayage des concurrentes
  • Le fait qu’elle ne soit pas dans notre garage

 

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